Prévenir la violence ?

Interview de Caroline Zintz, psychothérapeute

Famill.lu : Madame Zintz, peut-on prévenir la violence ?

Caroline Zintz : Les gouvernements s’appliquent à informer leurs citoyens des causes de la violence, des conséquences psychologiques des victimes. L’agresseur sait au plus profond de lui-même que ce qu’il fait n’est pas juste. L’époux qui violente sa femme ou vice versa, sait très bien qu’il est l’auteur d’une grande souffrance. Donc, pourquoi, malgré toute l’information, toutes les conséquences dont nous sommes conscients, la violence, l’agressivité, les agressions ne cessent pas ?

La violence est la traduction d’une grande colère. Une colère qui s’installe dès la petite enfance et qui éclate à l’adolescence, à l’âge adulte, lorsque le tortionnaire rencontre une situation qui l’exaspère. Vous avez déjà entendu le cas des mères qui secouent leur bébé. Affreux, oui. Mais ces mères, à un moment donné n’en peuvent plus, sont débordées. Elles ont alors le sentiment d’être harcelées, agressées par leur enfant. Et la violence alors éclate afin de mettre un terme à cette souffrance débordante qu’elles ressentent. Quitte à commettre l’irréparable.

Quand on remonte vers l’enfance des agresseurs, on constate que, même si toutes les victimes ne deviennent pas forcément des bourreaux, tous les bourreaux ont été victimes de violences. On se rappelle bien les temps – et ce n’est pas tellement loin – où les enfants étaient battus, parce qu’ils ne faisaient pas ce que leurs parents disaient. Tout est lié, tout se tient. L’agressivité ramène toujours à l’expérience vécue.

Famill.lu : Donc, un cercle vicieux ?

Caroline Zintz : Oui, si on laisse faire. Donc toutes ces campagnes bien intentionnées, ouvriront peut-être les yeux à certains, conduiront à une prise de conscience chez d’autres, mais s’en sortir seul est dans la plupart des cas presque impossible. Parce qu’il faut radicalement changer ce que fut la vie jusqu’à maintenant. Parce que – et c’est très difficile à comprendre – c’est que l’agresseur se nourrit de la violence qu’il impose à l’autre. Il se nourrit de l’énergie de l’autre. C’est donc un long parcours qui remet tout en question. Et finalement, sortir de la violence, de la colère, c’est arriver à avoir la force de se pardonner à soi-même.

Famill.lu : Aujourd’hui on a affaire à une autre forme de violence : le mobbing.

Caroline Zintz : Oui, aujourd’hui la violence prend une tournure beaucoup plus subtile, insidieuse.

Je vous livre deux exemples concrets.

Les réseaux sociaux, par exemple. Surtout des jeunes, qui ont des tendances violentes, se servent des réseaux sociaux pour harceler d’autres jeunes et se moquer d’eux. Pourquoi ? Souvent par jalousie, mais aussi pour se sentir supérieur ou, comme nous le disions par méchanceté. Mais pour la victime, ce genre de mobbing est traumatisant. Très souvent les victimes n’ont plus le courage de sortir, de quitter leur domicile. Je connais personnellement le cas d’une jeune fille qui s’est suicidée, parce qu’elle avait été harcelée sur les réseaux sociaux. Elle avait en elle une telle angoisse, qu’elle n’a plus osé mettre les pieds au lycée. Et les auteurs du mobbing n’étaient pas conscients de ce qui se passait dans le cœur de cette jeune fille.

Une autre forme, très subtile c’est le mobbing, qui est souvent présent dans des entreprises. Il provient de la part d’une femme, d’un homme très charmants, qui ont même un certain charisme. Ce sont des personnes qui souvent font carrière et certains de leurs collaborateurs se sentent fiers de faire partie du cercle des « élus » sur lesquels notre charmeur daigne poser son regard. Mais voilà que derrière ce charme, se cache une certaine violence qui se cherche une victime à dégrader, à détruire, à petit feu et insidieusement. Et pour « plaire » au « charmeur », les autres collaborateurs se font ses complices, sans même s’en rendre compte, tellement la subtilité est bien arrangée. Et l’on s’en rend compte, au moment où la victime est au bord du suicide ou tombe dans une grave dépression.

Famill.lu : Donc, nous sommes tous impuissants…

Caroline Zintz : Pas tout à fait. Le devoir de chacun d’entre nous est de dénoncer l’agresseur si nous voyons que ses actions font des ravages. Quand nous entendons un enfant pleurer excessivement et de façon anormale.

Quand nous sommes les témoins de l’agression verbale, quand nous voyons au bureau une personne repliée sur elle-même, n’osant plus lever les yeux.

Les jeunes ne doivent pas avoir peur d’intervenir auprès du directeur de leur lycée si un élève est harcelé.

Bien sûr, ce n’est pas facile du tout, puisque tout le monde se connaît et on ne veut pas être celui qui dénonce. Il n’en reste pas moins que c’est un devoir, un devoir de citoyen et la seule façon d’éviter le pire.

Si nous étions dans le cas de la victime, nous serions soulagés si une personne bien intentionnée intervenait pour nous !

Caroline Zintz – Psychothérapeute
27, rue des Romains
L-8041 Strassen
Tél: 621 66 35 15

http://www.psy-zintz.lu
carolinezintz@hotmail.com

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