Un paradoxe – le droit à l’avortement et l’image de la femme forte

Alors que le féminisme refait largement surface dans les médias et ayant même été « élu » terme de l’année par le dictionnaire en ligne américain « Merriam Webster », le désir de prendre la parole s’est imposé à moi.

Depuis que l’avortement est légalisé sous des conditions plus ou moins libérales dans certains pays occidentaux, nombreux sont ceux et celles qui l’approuvent au nom de la libération de la condition féminine et s’en félicitent. Le choix, le libre choix de la femme de décider de son corps, la faculté de choisir la maternité, de choisir sa vie… tels sont leurs arguments.

En effet – une femme a la possibilité de choisir la maternité. En disant « non ». Non au rapport non-protégé, voire, non, au rapport tout court. Bien entendu, j’exclus de ce discours les femmes victimes d’un viol ou les filles mineures, dont le drame relève d’une autre problématique nécessitant une analyse plus profonde que ces lignes ne le permettent.

Mais une femme adulte qui dispose de toutes ses capacités intellectuelles peut, de nos jours, dire non aux relations sexuelles non-protégées. La liste des méthodes de contraception est longue, et je souligne le fait que privilégier le rapport « couvert » assure également une protection contre les maladies sexuellement transmissibles, ce qui n’est pas un détail.

Admettons encore que le célèbre « préservatif éclaté » existe vraiment, car son exemple est fréquemment cité dans les débats autour de la question des grossesses non désirées, il n’en reste pas moins du ressort de la femme de refuser le rapport, si elle n’a pas la conviction absolue d’être parfaitement à même d’assumer entièrement chaque conséquence éventuelle de son acte, y compris au cas d’un revirement de sa situation, telle la perte du partenaire.

Cette pensée s’oppose-t-elle au féminisme ? Certes, si celui-ci tient à définir la femme comme un être impuissant, dirigé par ses seules envies ou la volonté de satisfaire celles d’un autre.

Il est tellement paradoxal de constater que de nombreuses femmes qui se proclament féministes et autonomes, se retrouvent souvent en proie à l’exigence d’un homme ou à leur propre sensualité, incapables de dire « non », par crainte de froisser l’un, ou trop faibles pour se soustraire à leurs propres impulsions. Cette réalité – dont résulte un nombre important d’avortements – est très éloignée de l’image de la femme maîtresse de ses actes, à laquelle aspirent les féministes.

Que l’avortement soit considéré comme un moyen de recours au fameux « au cas où », repose, selon moi, sur une vision totalement opposée de l’image de la femme forte et responsable de ses gestes, si chère aux féministes. Considéré sous cet angle, les femmes ayant ainsi recours à l’avortement, sont réduites à des personnes veules et fébriles pour lesquelles des échappatoires à des situations désagréables doivent être mises en place. Et ces subterfuges consistent en l’extermination d’une vie potentielle. En termes grossiers : la femme est considérée comme tellement incapable de faire face à des imprévus – que d’ailleurs elle aurait pu prévoir – qu’il faut avoir recours à la suppression d’un autre être pour qu’elle s’en sorte… ou, pire encore, qu’elle n’ait pas à réorganiser sa vie…

Le droit à l’avortement, éclairé sous ces considérations, est un droit qui, au lieu d’être vu comme une prouesse de l’émancipation des femmes, n’est pas digne de la femme, et confirme la dénomination « sexe faible », dont elle tient tant à se débarrasser.

Soyons plutôt de véritables femmes fortes et fières qui osons dire « non » ou bien assumons les conséquences de nos décisions.

Kelly Meris

Strassen