carolinezintz« Développer les potentialités de chaque enfant »

Pourquoi il est nécessaire de laisser le choix aux parents

Interview de Caroline Zintz, psychothérapeute

Famill.lu : Le débat sur les langues est lancé dans notre pays. Le français et le luxembourgeois seront obligatoires dans les crèches. Est-ce qu’on n’en demande pas trop aux enfants ?

Caroline Zintz : Un enfant a des capacités extraordinaires. Il peut apprendre des langues mais seulement s’il sent, s’il trouve de l’intérêt à les apprendre. Et il les apprendra d’autant mieux et plus facilement que les pédagogues sauront éveiller en lui cet intérêt à communiquer.

Communiquer, c’est transmettre, un message, des informations, mais surtout échanger, partager, intéresser. Si la relation de l’enfant avec l’adulte est bonne, respectueuse et bienveillante, alors l’enfant le re-sent et l’utilise. Sans ces critères fondamentaux, ça ne marche pas.

Si, comme on entend souvent, les enfants ont des difficultés à bien s’exprimer, à formuler des phrases cohérentes, c’est que la relation avec l’adulte manque de qualités. On souligne, en effet, souvent les difficultés que certains enfants rencontrent pour s’exprimer, pour formuler et élaborer des phrases cohérentes. Je crois plus important de remonter à la source du problème : la manière dont le savoir est transmis à l’enfant. Il faut alors requestionner la qualité pédagogique des enseignants/éducateurs/adultes qui interagissent avec l’enfant.

Donc à mon avis, que les enfants soient baignés dans une multitude de bains linguistiques ou d’apprentissages n’est pas un problème en soi. Au contraire! Proposer un large panel d’apprentissages et de choix à l’enfant, c’est encourager sa liberté d’apprendre, sa liberté de choix. Tout cela repose sur la compétence de celui ou celle qui transmet. Et à propos de cohérence: lui formule-t-on des demandes cohérentes (discours = émotions = situations = vocabulaire)?

Cependant, notre époque se caractérise par le « forcing » pédagogique au nom d’une idéologie portée par la volonté de performance élitiste intellectuelle; et qui a pour fondement la peur et la compétition. Et cela, sans tenir compte de l’enfant, tant dans sa globalité que dans ses spécificités. L’enfer est parfois pavé de bonnes intentions… alors oui, c’est une violence faite à l’enfant. une violence qu’il ressent au plus profond de lui-même et qui tôt ou tard explosera. Et l’on s’étonne que nous soyons confrontés à de plus en plus de violence…

Un enfant marchera plus vite qu’un autre, un autre enfant parlera plus tôt qu’un autre. Et alors ? C’est son rythme, propre à lui. Et ce qu’on demande aux enfants, n’a plus rien à voir avec leur propre individualité. Ainsi, dans les crèches on met les enfants dans un moule, comme s’ils étaient tous pareils, comme s’ils s’intéressaient tous aux mêmes choses, au même moment. Comme s’ils étaient prêts à apprendre les mêmes choses au même moment. Et s’ils ne correspondent pas à la norme, on dit qu’il y a un problème. Le problème, ce n’est pas l’enfant, c’est le système, le programme.

Comme je me plais à le répéter, voire à le marteler sans fin : « Il n’y a pas de mauvais élèves, il n’y a que de mauvais enseignants ».

On pourra inventer puis écrire des lois aussi diverses que variées pour améliorer les chances pour l’avenir de l’enfant, elles ne serviront strictement à rien si la relation qualitative, authentique et respectueuse de l’éducatrice/l’éducateur fait défaut.

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10.02.2017

 

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